William Shaler - Esquisse de l'Etat d'Alger
Quelques extraits du Livre de William Shaler Consul-Général des États-Unis à Alger (1814-1828)
Les Cabylè parlent une langue qui est probablement une langue primitive. Le docteur Shaw dit qu’on l’appelle le Chouiah[…] Leur nom de Cabylè vient du mot arabe kabilet qui veut dire tribu. Ce nom, quelque peu sonnant qu’il soit, fait assez connaitre leur situation politique. Car ils n’ont pas d’autre séjour que les montagnes occupant toutes les branches de l’Atlas qui vont à l’est, et tirent des dénominations des noms différents de ses montagnes en arabe, tel que : Beni-Chouv, Beni Zeroual, Beni-Zouaouah, Beni-Abben, etc. […] Chaque montagne a son état ou république indépendante. On les appelle aussi Berbère ou Berber d’où est venu probablement le nom de Barbarie.
Les Cabylè sont blancs, de taille moyenne, nerveux, robustes, actifs, comme sont d’ordinaire les montagnards, et toujours maigres. Ils ont l’esprit vif, les mœurs sociales, et d’heureuses dispositions. Beaucoup d’entre eux qui ont le teint clair, des cheveux blonds […] Le docteur Shaw parle d’une tribu de Cabylè qui habite les monts Auress, (Mons Aurasius, Mons Audus, au sud de la constantine, où était situé l’ancienne Lambésea,) dont tous les habitants ont le teint clair. Depuis Bruce a visité ces montagnes et il confirme le récit du docteur Shaw.
Cependant les Cabylè sont un peuple actif et intelligent. Ils tirent de l’agriculture et de leurs troupeaux tout ce qu’il faut à leur subsistance. Ils fabriquent beaucoup de tissus en laine pour leur usage particulier, et on doit à leur travail presque toute l’huile qui se consomme dans ce pays. Ils exploitent les mines de fer qui se trouvent dans leurs montagnes, convertissent en fonte les minéraux qu’ils en ont extrait, et en fabrique une foule d’ustensiles assez grossiers aratoires pour les Maures. Ils connaissent aussi la fabrication de l’acier qui leur sert à la confection de toutes sortes d’armes.[…] Ils connaissent encore la manière de la poudre à canon.
Les Cabylè forment la classe la plus nombreuse de la population algérienne, et bientôt ce serait d’eux que les autres recevraient la loi, s’ils étaient capables d’union ; mais ils sont partagés en un millier de petites républiques que tourmentent continuellement des guerres intestines. Le gouvernement algérien entretien ces guerre de familles, et, profitant de leur penchant à la discorde, les devise pour les dominer. Mais ils portent un sentiment d’indépendance qu’on ne saurait vaincre.
Les tribus les plus puissantes habitent les montagnes de la Constantine. Les Beni-Abbas, qui occupent les passages des montagnes entre Alger et Constantine, pourraient seuls défier toutes les forces de la régence, s’ils avaient assez d’art pour profiter des moyens qui sont à leur disposition.
